Ne plus mourir

 

 

On peut résumer la pièce ainsi :

 

 

 

  1. Elle et Lui, une mère et son fils. Lui travaille comme artiste transformiste dans un cabaret. Ce soir là, chez Elle, Lui souffle sa bougie d'anniversaire. Animé d’une colère sourde et grandissante, le fils accuse sa mère de tous les maux, il parle du père absent, il dit son mal de vivre dans une société où tout ne serait que mensonge et parade.

 

  1. Elle lui répond comme on envoie une lettre. Elle parle de sa foi, des renoncements salvateurs et de la beauté de l'existence.

 

  1. S’ensuit un rapprochement entre les deux ou la parole se veut testamentaire, universelle, comme marquée du saut de l’éternité. Un échange ultime, impossible, ou le temps et l’espace se confondent pour s’annihiler. Sorte de poème dramatique pour un dernier au revoir

 

 

Extraits :

                                                                                                                                                     

 

 

 Extrait 1:

 

Lui.

 

Maman… Un enfant un seul comment as-tu fait ?  On aurait pu faire de toi la Marie couche-toi là de tout un pays, le porte drapeau des femmes qui en veulent, tu aurais enfanté d’une colonie de vacances, j’aurais eu des frères des sœurs et des batailles rangées

 

Avec des seins pareils tu avais l’avenir tracé de la parfaite reproductrice de la meilleure des vaches à lait, où sont passés tes seins d’antan ? Tes formes rondes et généreuses dont les hommes raffolaient tant ? Où est passé cette beauté crème de lait cette fraicheur aux herbes maman vierge pure maman diaphane maman cœur d’artichaut aux longs cheveux clairs

 

Tu passes sous mes yeux dans le lit de la rivière

 

Empoisonnée du désir des hommes

 

Les boutons d’or l’anémone la jacinthe des bois le muguet l’anémone fausse renoncule comment veux-tu comment veux-tu, l’ail des ours la campanule gantelée la cardamine flexueuse la jonquille l’ornithogale en ombelle

 

La beauté se cache aux fonds des bois aux bords des rivières dans un vieux dictionnaire

Toutes te regardent passer

 

Et la simple primevère

 

 

Extrait 2:

 

Elle.

 

Des mots qui n’auraient pas la définition que l’on s’en fait ? Des mots pour d’autres mots qui feraient des phrases dont je devrais décoder le sens ? Tu veux qu’à mon tour je les emploie comme tu les emploies ces mots ? Ces « scuds » qui sont là pour faire saigner ? Tu n’as pas vécu la guerre que tu la souhaites à ce point ?

 

Va te trouver de vrais ennemis si seulement t’avais les couilles d’en avoir car pour en avoir - des ennemis pas des couilles - encore faut-il pouvoir s’en faire, savoir se battre pour des idées auxquelles on croit… Mais comme ton père tu n’as jamais eu une once de conviction politique quand moi je me battais pour le droit des femmes à disposer de leur corps, ça c’est politique et tu vois ça ne m’a pas mal réussi un enfant ce n’est pas la mort…

 

C’est à se demander 

 

Mon amour pour Dieu a mis fin à mon combat j’ai choisi un amour entier sans compromission sans violence, sans contraception cette fois… Un amour offert sans arrière pensée

 

Va trouves-toi de vrais ennemis dis-leur alors avec ton accent de vérité tous les mots d’amour qui te viendront et qui n’auront pas le sens que tu leur prêteras et tu verras si en retour ils te serreront dans leurs bras comme un fils de retour au pays, tu n’auras pas fini ta phrase que ce n’est pas ta connerie crasse qui fera mouche mais juste ta tête qui explosera pauvre bougre tu n’auras pas fini ta phrase qu’il pleuvra de la cervelle de mon fils… Alors sers-toi de ta caboche avant qu’elle ne vienne nourrir les vers et les blattes dis-les donc les vrais mots pauvres idiots ! Tes horreurs ne me font rien entendre de l’amour et tu recherches la beauté ? Autant chier dans un clairon

 

Et ce qu’il faut chier pour remplir un clairon

 

...

 

 

Extrait 3:

 

Elle et Lui,  chante "La Branche" de Robert Nyel.

 

« ...C'est comme ça qu'on vit sa vie / on est sur une corde raide / à chaque instant on croit qu'elle cède / et puis un peu de soleil luit / et on oublie » 

Fin de la chanson

 

Elle.

 

Tu devrais prendre un peu de recul un peu de xanax

 

Lui.

Tu devrais prendre des cours de chant… Du recul ! Faut se savoir condamner pour en prendre non ? Pardon, je ne suis pas fréquentable… Je vois ton œil, quand tu es en colère il se remplit de plus de gris

 

Elle.

 

En colère ? Moi ?...  Ça s’appelle de la cataracte

 

Lui.

 

Faire sa vie c’est la quitter

 

Je veux dire la dépasser c’est être un homme une femme qui respire, un poumon une bouche une rate un organe oui tout au plus, devenir organique comme une pierre ou être le cri du grillon

 

Elle.                                   

 

Ça ne crie pas un grillon

 

Lui.

 

Qu’en sais-tu ?

 

C’est être la partie d’un tout

 

Une articulation

 

Le mouvement de quelque chose

 

Ce n’est pas toi qui compte c’est ce qui transpire de toi… Ton œil devient bleu noir quand tu t’apprêtes à dire une connerie

 

Elle.

 

C’est le même que tout à l’heure ou c’est l’autre ?

 

Lui.

 

Ce n’est plus toi qui comptes mais ce que tu véhicules tes larmes ton rire ta voix on s’en fout c’est : pourquoi les larmes ? Pourquoi ce rire ? Pourquoi jamais un geste tendre ?... Tu vois ? Ce genre de chose

 

Tu peux toucher mon visage tu sais que tu peux toucher mon visage avec ta main une main peut aussi servir à ça

 

Tu me trouves ridicule ?

 

Je survivrai

 

 

Elle.                              

                                                                           

Tu es un homme de bien, égaré dans un monde de fous

 

Un homme bien égaré

 

Lui.

 

Un homme quoi                   

                                                                  

 

Tu ne dis rien ?

 

 

 

 

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Ce dont on ne peut parler, 
c'est ça qu'il faut dire.
Grock.

 

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