À quand la mer ?

Mise en scène et dramaturgie :

Ensemble... Les acteurs, les techniciens et moi-même, prendront la notion de l'espace, la dimension du lieu dans lequel on va pouvoir déployer la pièce. Le travail va bel et bien être celui-ci: visiter toutes les potentialités de la pièce en s'appuyant sur l'espace tel qu'il est. Tout peut jouer dans un théâtre: le hall, les gradins, le sol, les murs, la profondeur du plateau... J'utiliserai le lieu. Rapidement la construction de nouveaux espaces se fera par la présence de quelques éléments de décor ou accessoires et par la circulation des acteurs. Le mot d'ordre sera toujours d'essayer, d'oser, de tenter, même si cela parait énorme ou à côté, même si c'est à côté, l'expérience du plateau donne toujours de nouvelles clés, dont nous n'avont pas nécésairement tout de suite conscience mais qui ouvrent pour d'autres moments dans la pièce de nouvelles perspectives d'exploration. L'échec n'existe pas dans le temps des répétitions, l'échec ou la réussite ne nous concerne pas.

 

Certes on peut passer d’un tableau à l’autre, d'un lieu à un autre lieu, d'une époque à une autre époque en utilisant le noir plateau mais ici l’idée n’est pas tant de passer d’une scène à l’autre avec fluidité pour maintenir aussi vivant que possible le fil du récit, mais de concevoir ces changements comme des articulations qui rendront perceptibles ces mouvements de la pensée et du cœur. Elles instaureront entre les spectateurs et le spectacle une forme de contrat: "Regardez bien ce qu'il se passe (on ne vous cache rien ou si peu), regardez bien comment ça se passe, comment on raconte. Nous avons construit un pont entre vous et le récit fait d'images et d'impressions où l'espace et le temps oeuvrent ensemble à faire sens.

 

Un travail important d’ambiances sonores et de contrastes des lumières viendra renforcer l’atmosphère ainsi créée et faciliter la plongée du public dans l’univers du récit.

La vidéo (Projection de films, de phrases) sera un élément qui apportera une autre dimension à l’histoire. Pour exemple, dans l’espace dit de la buanderie, projection d'un film sur le corps même de l’acteur jouant Odysseas, film évoquant des violences faites sur enfants. Une évocation impressionniste permettant une certaine distanciation (D’autres images ainsi projetées; de ciel, de mer d’huile, de mer morte, désert de sel.)

En effet, ces éléments - musiques, sons, images, films -  loin de vouloir illustrer le propos, vont dynamiser l’imaginaire, générer des idées, d’autres images, et au final, de nouveaux récits. Il se peut aussi, en avançant dans le travail, que l’on choisisse des évocations plus sensorielles, voir plus charnelles , plus subjectives en un sens, se rapportant de manière moins évidente à ce qui se joue sur le plateau, toujours dans ce souci d'ouverture du sens, d'évocations (Image de peaux, de rides, de terres non-irriguées, de désert de cendre).

 

Il se peut aussi qu'il n'y ait pas besoin de tout cela: c'est dans l'expérimentation que l'on peut se rendre compte si cela s'avère nécessaire ou accessoire.

 

Le décor sera minimaliste, quelques accessoires indispensables car évocateur (Glacière, pneumatique, chaises, canapé,...) et dont l’utilisation sera parfois détournée.

 

Les costumes garderont un pouvoir évocateur pour permettre aux acteurs des changements aisés pour le passage d’une période à l’autre. Quelques ajouts de perruques seront utiles pour remettre les personnages dans leur contexte, que cela fasse vrais cheveux et non déguisement sauf pour la scène rêvée chez le Père.

 

Dans cette scène ou le fils se retrouve chez son père, toutes les personnes conviées à la fête, toutes plus extravagantes les unes que les autres, seront dans une urgence de prise de paroles. Leurs présences servent à ralentir le fils dans ce chemin qui le sépare de la rencontre avec Le père, le tout ramassé, pas réaliste. On peut penser au travail du metteur en scène Tadeuz Kantor où les corps rassemblés, serrés, donnent "une impression de". Le sentiment d'étouffement, d'angoisse du fils, nous apparaitra alors plus preignant, plus palpable et l'enjeu de la scène en sera renforcé.

Le travail avec les acteurs

 

C’est la voix de l'acteur, sa sensibilité qui m’intéresse. Partir de lui, l'amener à "être" ou du moins à ce qu'il joue au présent (Les enfants jouent, il n'y a pas de honte ni de crainte à avoir), l'acteur doit rester concret, même s'il veut parler aux étoiles, elles l'éclairent déjà, il n'a pas à s'en soucier.

La façon dont le metteur en scène s'adresse à un acteur est primordial: je ne dois pas lui demander un état, ou un résultat mais lui dire ou lui rappeler ce sur quoi il peut objectivement s'appuyer pour jouer la scène. Quitte à me répéter: partir de l'espace ou il se trouve... Est-il grand ? Y'a t'il des portes ? Des fenêtres ? Une lampe ?  Des tissus ? De quelles couleurs les tissus ? Y'a-t'il un courant d'air ? On entend des bruits ? Que l'acteur prenne comme appuie l'espace qui l'entoure pour ancrer son jeu dans le présent. 

 

Je n'aime pas trop employer l'expression "Diriger un acteur". Pour moi, on travaille avec lui et cela commence par une écoute totale de ce qu'il  propose (D'où l'importance de l'assistant qui prend les notes de ce qu'il se passe pour qu'à aucun moment le metteur en scène ne se coupe de l'acteur). Je dois clairement avoir en tête l'enjeu de la scène pour accueillir les propositions du comédien. C'est lui qui va ouvrir la scène sur un nouveau sens possible, sur une direction dont je n'avais pas idée, qui fait qu'on décolle du texte "Qu'on le met debout". Le metteur en scène dit ce qu'il lui paraît juste (toujours en rapport à l'enjeu de la scène), et tout naturellement  l'acteur entend ce qui est essentiel de ce qui ne l'est pas, il fait lui-même le tri.

 

Il n'est pas besoin de beaucoup parler, je dirai volontairement peu, je m'éfforcerai du mieux que je peux à dire l'essentiel. C'est le plateau qui répond le mieux à nos interrogations, qui dit non à une idée et oui à l'accident. L 'économie de mots de part et d'autre est, in fine, profitable à tout le monde. 

L'art de l'acteur: La capacité a constamment créer une réalité et la capacité à l'exprimer. Lee Strasberg. 

 

L'acteur est celui qui se rapproche au plus prêt du souffle de l'auteur et des mécanismes dramatiques mis en place par ce dernier. Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre.

 

La Compagnie Pour Le Dire

Vous pourrez découvrir le spectacle "A quand la mer ?" durand le festival d' Avignon 2017 au théâtre Le Ninon, représentations tous les soirs à 21h05, exceptés les lundis.

 

Portés à sa création par de formidables retours, pour certains très élogieux, nous allons continuer notre travail et présenter "A quand la mer ?" à un plus large public.

 

En attendant l' édition 2017 du festival d'Avignon, je vous propose de faire plus ample connaissance en feuilletant les pages du site de La Compagnie Pour Le Dire.

 

Rencontrons-nous cet été à Avignon!

Manuel Durand

 

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