À quand la mer ?

Ecriture et note d’intention :

 

Donner une vie autonome à chacun des protagonistes de l'histoire. Être attentif à la façon particulière de les faire penser et donc de les faire parler - comme de faire exister leurs silences - s'investir dans chacun d'eux avec un vrai intérêt, faire vivre leurs singularités, que les points de vue soient crédibles et que la vie circule. Une des manières de rendre tangible cette circulation entre les personnages, et, plus tard, avec le public: c'est l'humour. 

Plus j’écrivais, plus je reconnaissais que ce qui était écrit m’éloignait de ce que j’avais intuitivement envie de dire et, paradoxalement, m’offrait la possibilité d’en dire davantage. L’inconscient s’immisce dans l’écriture et nous guide secrètement; il fait exister une face invisible, un monde à l’extérieur de nos représentations et il est essentiel de toucher à cet indicible là. 

 

Ici c'est en grande partie l'écriture qui mène l'action. Un trajet en voiture pour rejoindre la mer n'est pas, en soi, l'aventure la plus extra-ordinaire - même si elle a son importance et son charme - le voyage qui m'importe est ailleurs.

Pas de rebondissements abracadabrantesques, pas de mélanges d'histoires pour créer l'illusion d'un récit complexe qui viendrait seulement imiter les séries télé d'aujourd'hui, non.

 

Partir de ce que l'on nomme le banal, de ces détails supposés insignifiants et tellement importants dans notre vie de tous les jours faite d'heures, de minutes, de secondes. Partir de nos pensées quotidiennes, sur lesquelles d'habitude on ne s'arrête pas - ces états de préconscience dont parle Peter Handke - tout cela peut vite nous apparaître plus fantastique, plus effrayant parfois, que tout cet attirail de genre : Monstres, fées, sorcières, poupées qui parlent, tête de mort, dragons et autres vengeurs masqués. Il faut pour cela taire ce que l'on peut écrire, observer ce qui se passe, entendre ce qui ne se dit pas. Il y aura toujours plus à raconter. Mais déjà pointe les premières contradictions: un enfant à tête d'éléphant, puis plus tard, un visage sans visage, fait en latex couleur chair.

Néanmoins l'étrange, l’insolite, va naitre du quotidien, du familier, un glissement sensible d'une réalité à une autre réalité, tout en faisant l'aller/retour entre passé et présent. On ne peut donc pas vraiment parler de chronologie mais de progression narrative. Ce sont des tableaux - comme les pièces d'un puzzle si l'on veut - qui, mit bout à bout, vont finir par livrer une partie de leurs secrets, une partie seulement. 

Déployer des chemins d'interprétations.

Ce qui n'empêche pas qu'une histoire se raconte, celle d'une famille vu à travers le prisme d'un désormais jeune homme, appelé Odysseas. Alors que sa mère vient de disparaitre (Nous ne l'apprendrons que plus tard dans la pièce), Odysseas revisite son enfance entre souvenirs et fantasmes dans l'espoir de trouver des réponses à la crise qu'il traverse, dans l'espoir de guérir l'enfant qui vit toujours en lui.

Le voyage (L'échappée introspective depuis une buanderie, l'aéroport, la voiture), le temps, la famille, l'enfance, l'abandon, l'absence, l'enfermement, la folie.... Ces thèmes traversent la pièce d'un bout à l'autre. On fait l'aller/retour entre un présent (La buanderie, la maison d'enfance, l'aéroport) et un hier, celui des années 70 (Les soirées télé, l'ile d'Hydra, la mer) ou celui des années 80 (chez Le Père, qui n'existe pas). Odysseas nous fait voyager entre la Grèce (ou il a été conçu), la France (de son enfance), l'Amérique (supposée de son géniteur), puis le Québec (ou se décide son avenir).

Si Odysseas ne peut changer son histoire, il peut la réécrire à loisir mais il y a un prix à payer : Celui de passer à côté de la vie, qui s'écrit au présent.

La pièce nous dit qu'il est toujours temps de reprendre possession de son existence même si l'on doute d'être aimable, qu'il n'y a pas de fatalisme, qu' une résilience est toujours possible.

L'épilogue pose la question du choix: Nous est-il toujours donné ? Qu'est-ce qui donne la force de s'en sortir ? Est-ce toujours qu'une question de volonté ? 

 

La buanderie. S'agit-il vraiment d'une buanderie ? Refuge ou prison ? N'est-ce pas plutôt un espace mental, celui de la projection des pensées du personnage du fils ? On peut se demander, au regard de la personnalité de la mère, si il est question ici de maltraitance, qu’elle soit physique et/ou psychique. Une buanderie comme punition mais qui laisserait à l'adolescent un temps de répit, ou bien est-ce une bulle qu'il se serait inventée pour accueillir le décor de sa mythologie personnelle, et rendre ainsi sa vie plus intéressante ?

 

Je ne pense pas qu'il soit nécessaire de trancher sur ce que nous dit la pièce, tout peut également coexister et qui plus est, peut-être y'a-t'il encore d'autres façons de voir les choses et de se les représenter. Mon souhait, c’est que la construction du récit créé les conditions qui vont amener le spectateur à se projeter dans l'histoire, pour qu'elle puisse devenir, un temps, son histoire, laisser la possibilité à celui qui reçoit la pièce d’en faire sa propre interprétation.

 

" La pièce étant faite de souvenirs, elle échappe au réalisme. La mémoire s’autorise en effet une grande licence poétique. Elle estompe certains détails, en fait ressortir d’autres, selon la charge émotionnelle des faits remémorés, car la mémoire siège principalement dans le cœur. " Tennessee Williams,  à propos de sa pièce La Ménagerie de verre.

 

 

 

La Compagnie Pour Le Dire

Vous pourrez découvrir le spectacle "A quand la mer ?" durand le festival d' Avignon 2017 au théâtre Le Ninon, représentations tous les soirs à 21h05, exceptés les lundis.

 

Portés à sa création par de formidables retours, pour certains très élogieux, nous allons continuer notre travail et présenter "A quand la mer ?" à un plus large public.

 

En attendant l' édition 2017 du festival d'Avignon, je vous propose de faire plus ample connaissance en feuilletant les pages du site de La Compagnie Pour Le Dire.

 

Rencontrons-nous cet été à Avignon!

Manuel Durand

 

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